Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est romantisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est romantisme. Afficher tous les articles

jeudi 5 janvier 2012

Romantisme littéraire et ballet romantique



Comparer le romantisme littéraire et le romantisme en danse conduit nécessairement au problème de la non coïncidence des styles.
Ainsi, le romantisme désigne avant tout, en danse, une notion restreinte qui désigne un style chorégraphique précis, indissociable du « ballet blanc » et de sa figure incontestée : la ballerine romantique, qui est l’image que nous avons peut-être le plus communément de la danseuse. Il est étroitement lié à deux inventions majeures : l’utilisation chorégraphique des pointes et le port du tutu. Il va donc sans dire que dans l’histoire de la danse, le romantisme, loin d’être anecdotique, est une révolution. Comme l’écrit Balanchine : « In western Europe of the 1830s, the supremacy of italian dance technique combined with the Romanticism that dominated the other arts of the time to produce a new kind of ballet[2] »  Les historiens de la danse s’accordent sur la dénomination de ballet romantique en ce qui concerne La Sylphide et Giselle. Pour Le Lac, ils préfèrent parfois les notions de classicisme ou d’académisme, cela dans le but de noter la nette différence de style chorégraphique qui peut exister entre l’école dite « française » des années 1830-1840 et l’école russe de la fin du siècle, marquée par la personnalité de Marius Petipa. Néanmoins, Le Lac est sans conteste un ballet romantique, si toutefois on ne l’envisage pas dans son sens le plus restreint, qui, temporellement, se resserrerait autour de 1830 : le romantisme en danse est aussi  culturel. Et cette culture provient de sources littéraires. Comme l’écrit l’historien de la danse Ivor Guest :  « In its origins Romnaticism was a literary movement, and every art-form it touched was to be strongly influenced, in one way or another, by literary sources[3] »
 En effet,  Le « ballet blanc », comme on nomme parfois de façon un peu approximative le ballet romantique, exprime des préoccupations clés de l’époque. On y retrouve la thématique fantastique et poétique du romantisme de Gautier et Nerval,  bien sûr, mais aussi de Chateaubriand, Hugo, Baudelaire ainsi que quantité d’autres prosateurs mineurs du registre fantastique. Mais surtout, d’un point formel, il illustre l’idée de rupture, fondamentale à notre sens, dans l’esthétique romantique. C’est en ce sens élargi que je souhaite employer le terme de « romantisme », comme dominant, sous diverses formes, tout le dix-neuvième siècle, au sens où l’entend par exemple Bénichou lorsqu’il définit la « foi romantique » comme «  l’ambition de relier le terrestre à l’humain et à l’idéal[4] ».Comment les motifs romantiques du XIX ème siècle sont-ils « entrés dans la danse », avec quelles implications ? En quoi la danse a-t-elle été une forme privilégiée pour les exprimer ? 
 
Des trois œuvres, une seule, Giselle,  a l’incontestable « caution » littéraire de Gautier, qui y a collaboré en tant que librettiste, et bien plus peut-être, en tant qu’inspirateur. Mais les trois font intervenir un réseau d’images et d’idées  largement formé par le climat littéraire véhiculé par le romantisme du siècle, en particulier le romantisme allemand.
 Les ballets sont généralement le fruit de d’une collaboration entre plusieurs talents, dans des domaines différents. C’est en ce sens que l’on peut dire , et ce de façon très générale, que le ballet, plus que tout autre art,  synthétise une pensée où un courant, ce qui fait de La Sylphide ou de Giselle des événements marquants dans l’esthétique romantique envisagée d’un point de vue culturel. Aisni, Ivor Guest peut écrire que La Sylphide fut  « as momentous a landmark in the chronicles of the Romantic art as “The Raft of the Medusa” and “Hernani”[5].”


[2] George Balanchine , New Complete stories of the great ballets, Doubleday & company, New York,,p 480
[3] Guest, Ivor, The Romantic ballet in Paris, Dance books, Ltd, , [1966], 1980 p 3
[4] Bénichou, Paul, L’Ecole du désenchantement, Nrf Gallimard, 1992, p 7
[5] Guest, Ivor, op. cit. , p 5

mercredi 4 janvier 2012

Nerval, "ou l’impossibilité de vivre hors du théâtre"


Nerval, « ou l’impossibilité de vivre hors du théâtre[1] »

Le monde du spectacle, très présent dans l’œuvre de Nerval, est un objet de fascination : la vie et le théâtre semblent s’y répondre, voire s’y confondre. Certains récits, comme Octavie, sont centrés sur le théâtre et le personnage de l’actrice. Mais même lorsqu’ils semblent plus éloignés du sujet, dans nombre des récits de Nerval, aller au théâtre est une activité aussi naturelle que la vie elle-même, nécessaire à la vie. Les narrateurs des Filles du feu vivent une confusion permanente entre le spectacle et la réalité.
L’activité de critique de Nerval est moindre que celle de Gautier, mais reste importante. De 1835 à 1840, puis de 1844 à 1851, il écrit environ  90 articles, principalement dans trois journaux : La PresseLa Charte de 1830 et  Le Messager.
Peu concernent le ballet à proprement parler. Plus en encore que Gautier, la danse l’intéresse en tant que spectacle théâtral, dont elle n’est pas toujours clairement différenciée, et non comme art à part entière. Néanmoins, il écrit un compte-rendu de  La Sylphide[2], en 1840 dans La Presse, et un autre de Giselle[3] en 1845, ainsi que des articles sur d’autres ballets célèbres de l’époque : Nathalie[4] , La Péri[5] (de son ami Gautier ) et Le Diable à quatre[6].  Ces articles sont relativement décevants : par exemple, il ne fait jamais aucun rapprochement avec son œuvre, dont la conception, nous tenterons de le montrer, n’est pas éloignée de celle de La Sylphide ou de Giselle.

 Un autre goût cependant le lie à la danse, et le rapproche de son compatriote allemand Heine, inspirateur de Giselle (Anne Ubersfeld considère que c’est probablement Nerval qui à donné l’idée à Gautier de s’inspirer de Heine[7]) : celui des traditions populaires, qui font intervenir le chant et la danse, sous forme de bals villageois et de rondes, auxquels sont associés des légendes merveilleuses. Ce goût s’inscrit dans le contexte de redécouverte du folklore qui est celui de Sylvie. Ce récit, un des plus célèbres de Gautier, paru dans Les Filles du feu, se situe dans le même cadre champêtre que Giselle et met en jeu les mêmes tensions que le ballet romantique, comme je tenterai de la montrer. Par un hasard révélateur de cette communauté d’esprit de l’époque, un des ballets romantiques chorégraphiés en 1842 à Londres par Jules Perrot (qui a aussi contribué à Giselle ) a pour titre :  Alma ou la fille de feu.


[1] Expression de Barbara Sosien, «  Trois filles du feu, ou l’impossibilité de vivre hors du théâtre », in  Nerval. Une poétique du rêve, Actes du Colloque de Bâle, Mulhouse et Fribourg des 10, 11 et 12 novembre 1986, Paris, Champion, 1989,  p 165
[2] Nerval, Œuvres complètes I, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, p 601
[3] Nerval, Ibid., p 964
[4] Nerval,  Ibid., p585
[5] Nerval,  Ibid., p 763
[6] Nerval, Ibid., p974
[7] Ubersfeld, Anne, Théophile Gautier, Stock, 1992,    p 147

mardi 3 janvier 2012

Laurent Pelly, metteur en scène du merveilleux : Cendrillon, au Théâtre de La Monnaie

Cendrillon, l'opéra de Jules Massenet (1852), dont cette production a été réalisée pour la première fois à l'Opéra de Santa Fe, est repris depuis du 9 au 29 décembre 2011 au Théâtre Royal de La Monnaie / De Munt (voir un extrait en vidéo). C'est une version scénique assez peu connue du  conte de Perrault, comparée au ballet de Prokofiev ou à la célèbre Cenerentola de Rossini.

Est-ce l'esthétique profondément "XIXème" de l'oeuvre ?  Toujours est-il que de nombreux passages, oniriques, féeriques, notamment la très belle scène de la transformation par la marraine, où la scène est envahie de répliques de Cendrillon en chemise de nuit,  évoquent le ballet romantique.

On retrouve la même idée de la figure principale démultipliée, dans un entre-deux dont on ne sait pas très bien s'il  se rapporte au rêve ou à la réalité (du conte !) , s'il doit s'inscrire dans la linéarité de l'histoire ou comme une parenthèse.

C'est loint d'être  le seul intérêt de cette mise en scène très réussie.

Ils s'agit d'une résolution ingénieuse du problème posé bien souvent par la mise en scène d'un conte ou mythe archi-connu, qui plus est appartenant au monde de l'enfance. Comment le rendre intéressant ? Le transfigurer ? Le transposer ? L'actualiser ? Pour Cendrillon par exemple, on connaît bien la version chorégraphique de Noureev, qui choisit de situer l'action dans l'univers du cinéma des années 30, avec un résultat mitigé.
Laurent Pelly, qui envisage rarement l'opéra sans la danse (il réalise la plupart de ses mises en scènes d'opéra en collaboration avec la chorégraphe Laura Scozzi), parvient à donner une tonalité fantaisiste à une œuvre qui, prise telle quelle, risquait de ne révéler que ses aspect mièvres, voire kitsch.

En prenant littéralement l'histoire "au pied de la lettre" (les décors sont constitués essentiellement de lettres ou de mots extraits du conte), Laurent Pelly nous rappelle sans cesse notre position de spectateur qui vient à l'opéra, spécialement en cette période de fêtes de fin d'année, pour être émerveillé. Les personnages semblent ainsi "sortir" comme par enchantement de divers passages du conte, pour se matérialiser sur scène, pour le temps d'une représentation.  En privilégiant l'harmonie visuelle par rapport à la cohérence narrative, en transformant par exemple le sens des mots (le "bois" du livret se trouve ainsi métamorphosé en une forêt...de cheminées),   il insiste sur l'essence même du conte : sa magie. Il joue le jeu du merveilleux et créé un univers à la fois féérique et cocasse, qui ne sort jamais du cadre du conte, mais qui au contraire, en matérialise sans cesse les limites, dans un hommage également rendu aux artifices du monde du spectacle.


La production est visible dans son intégralité sur le site de La Monnaie.